Pirate_Libraries.md

Bibliothèques pirates, bibliothèques de l’ombre, parallel library…

Intro

Les bibliothèques numériques hors-la-loi ne distribuent pas uniquement des contenus qui sans elles seraient inaccessibles, mais bien des collections et des sélections qui sont très différentes de ce qui est en général diffusé dans le contexte académique, commercial ou à travers la diffusion de masse des sites de partage en ligne. Chacune à leur manière, ces bibliothèques négocient une nouvelle interface entre un dispositif de distribution, réenvisageant de manière radicale les contrats de lecture et leur dimension sociale, les contrats qui lient les bibliothèques, les bibliothécaires, les lecteurs et les livres. Quelles formes et quel sens ces livres prennent-ils au contact de ces canaux de diffusion? Comment la figure du. de la libraire amateur.e peut-elle créer une espace discursif là où les bibliothèques cadenassent leurs livres? Imaginer des interfaces de lecture autres et développer une pédagogie critique autour d’une économie du partage.

sources: — Femke Snelting ‘Interfacing the law’, dans le cadre du master Media Design: experimental publishing Piet Zwart Institute, Rotterdam — Tomislav Medak & Marcell Mars, Bibliothécaire amateur - un cours de pédagogie critique, In Mondothèque:: Un livre irradiant, Constant, 2016, Bruxelles.

Shadow libraries

Shadow Libraries : Access to Knowledge in Global Higher Education - MIT Press

Shadow Libraries explore comment, simplement, les étudiants obtiennent le matériel dont ils ont besoin. Il recense la pratique omniprésente de la photocopie et indique, dans de nombreux cas, les pratiques les plus marginales d'achat de livres, de visite de bibliothèques et de téléchargement à partir de sources non autorisées. Ce livre examine les réseaux informels qui émergent dans de nombreux contextes pour partager des matériaux, des réseaux d'étudiants qui se passent les livres, aux groupes sur Facebook, ainsi que les processus menant à la consolidation de certains de ces efforts dans des archives plus organisées qui circulent hors connexion et parfois en ligne - les bibliothèques de l'ombre, ces shadow libraries.
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Dénominations/définitions

Bibliothèques pirates, parallèles, bibliothèques de l’ombre, Biblioleak, bibliothèque sauvage, fantôme, peer-acy, bibliothèques amateurs, bibliogifting, ...
Autant de termes pour décrire une activité loin d'être isolée. Ces bibliothèques témoignent du fait que les pratiques pirates sont loins d'être binaires (illegal-legal) et qu'elles diffèrent.
Cette introduction propose un aperçu de certaines ce ces bibliothèques, des communautés et des pratiques spécifiques qui gravitent autour d'elles et de leurs aspects communs.

Protocoles

Les bibliothèques de l'ombre sont un phénomène culturel, généralement lié à la culture du libre (free culture) à une esthétique techno-politique qui explorent les protocoles d'Internet essentiellement (mais pas seulement). Elles sont le fer de lance d’un mouvement contre la privatisation du savoir et pour le libre accès aux connaissances.

Peer-to-peer, serveur internet, hashtag #icanhazpdf, PirateBox, bibliobox, Raspberry pi, Tor...

Partager sa bibliothèque peut commencer ici (holder), ou là (drive).

Plateformes

ON LINE

  • aaaaarg http://aaaaarg.fail
  • Bibliotheca http://bibliotecha.info/
  • Clockwise libraries https://clockwise3rldkgu.onion
  • Library Genesis http://gen.lib.rus.ec
  • Memory of the world http://library.memoryoftheworld.org
  • Monoskop http://monoskop.org
  • On Our Backs http://voices.revealdigital.com/
  • Open editions https://www.openedition.org/
  • Project Gutenberg http://gutenberg.org
  • Radical Militant Library (Jotunbane’s Reading Club) https://c3jemx2ube5v5zpg.onion
  • Sci-hub http://sci-hub.tw/
  • Textz.com http://www.textz.com textz.com catalogue en ligne lié au projet Open Media Library
  • Bibliotik https://bibliotik.me
  • volafile.io
  • bookz on IRCHighway/undernet
  • The Piratebay @ Worm http://thepiratebay.worm.org
  • UBU-web http://ubu.com

Voir plus sur: https://monoskop.org/Digital_libraries

Genesis, Aaaaarg.org, Monoskop, UbuWeb sont tous des exemples d'infrastructures de connaissances fragiles construites et entretenues par de braves bibliothécaires pratiquant la désobéissance civile et sur lesquels s'appuie le monde des chercheurs en sciences humaines. Ces projets réinventent la bibliothèque publique dans le fossé laissé par les institutions en crise d’aujourd’hui. Marcel Mars 1

Voici l'histoire de certaines de ces bibliothèques partagées:

— Sci-hub → http://sci-hub.tw/

Le déséquilibre Nord-Sud de la diffusion des connaissances

Sci-hub est la plus grande bibliothèque scientifique du monde : elle héberge près de 50 millions d’articles et plusieurs millions d’ouvrages. Sci-Hub a été créé en 2011 par une chercheuse arménienne en neuro-science installée au Kazakhstan, Alexandra Elbakyan, confrontée à l'obstacle récurrent de ne pas avoir accès à la plupart des travaux de référence dans son domaine coincés derrière les « paywall » et qui ne peuvent être acquis qu’à des tarifs prohibitifs (de 30 à 300 dollars pour un court texte, souvent destiné à n’être consulté qu’une seule fois).

De cette somme, les auteurs des articles ne touchent rien: dans les sciences biologiques, ils paient même très fréquemment pour être publiés. En rachetant systématiquement les revues de référence, dotées d’un « facteur d’impact élevé », les grands éditeurs comme Elsevier se sont assurés une rente à plusieurs niveaux : en l’absence d’alternative, ils peuvent fixer des droits de lire ou des droits d’écrire à leur guise. C’est ainsi que la recherche scientifique est payée plusieurs fois par l’argent public. (voir: https://www.youtube.com/watch?v=WnxqoP-c0ZE)

Dans les pays occidentaux, les confrères d’Elbakyan disposent d’accès groupés aux corpus des grands éditeurs. Les universités kazakhes n’ont évidemment pas les moyens de souscrire à ces offres onéreuses...

Aujourd'hui, le site Sci-Hub a graduellement absorbé les corpus de grands éditeurs mondiaux (Elsevier, Springer). Consulté quotidiennement par plusieurs dizaines de milliers de chercheurs, il est devenu une ressource irremplaçable pour les universités de pays en voie de développement.

L’héritage d’une contre-culture du partage

Peu avant la création de sa plateforme, Elbakyan découvre un système d’échange d’articles, Fulltext, qui fonctionne à peu près de la même manière que le hashtag clandestin « #icanhazpdf ou #IcanhazPDF 2 » sur Twitter :

Un protocole identique se développe également sur reddit scholar.

Ces « piratages scientifiques » prennent appui sur des pratiques anciennes. En effet, jusqu’en 1905 (mais en réalité jusqu'en 1970), les publications périodiques étaient généralement exclues du champ de la propriété intellectuelle. Les universitaires pouvaient diffuser, recopier et republier leurs textes sans éditeurs.

Alexandra Elbakyan met alors en place un système encore plus efficace, basé sur le partage solidaire entre scientifique, si l’article n’y est pas déjà disponible, le lecteur est redirigé vers le serveur de l’éditeur avec des identifiants de connexion communiqués par d’autres chercheurs ; lorsqu’il télécharge le document, Sci-Hub le récupère également et le référence dans sa base de données.

Automatisation du partage

Depuis l'ère de la photocopie, le processus de partage est aujourd'hui automatisé :

«Maintenant, les requêtes d’article sont entièrement gérée par des machines et non par les mains d’autres chercheurs. L’automatisation a rendu ce processus très efficace : auparavant quelques centaines de requêtes pouvaient être satisfaites chaque jour ; Sci-Hub est passé à une échelle supérieure de quelques centaines de milliers.»

Renommée par certains " Biblioleaks", 12 millions d’articles ont par exemple été ajoutés en une seule fois le 30 avril 2013.

La popularité du système contribue à son auto-alimentation : près d’un million d’articles sont maintenant ajoutés chaque mois par les utilisateurs. Comme tout système en « peer-to-peer », Sci-Hub est l’émanation d’une communauté qui entretient et élargit en permanence les rayonnages de cette bibliothèque d’Alexandrie pirate.

En 2015, Sci-Hub a été attaqué par le géant Elzevier, et malgré un plaidoyer en faveur des scientifiques a perdu le procès. N'étant pas localisé sur le territoire des Etats-Unis, Sci-Hub échappe à la sanction du blocage du site — et continue de vivre par sa consultation via des proxys ou des navigateurs comme Tor ailleurs que sur le territoire américain. 3

Voir aussi : le Guerilla Open Access Manifesto par Aaron Swartz et la lettre En solidarité avec Library Genesis et Sci-Hub signées par une série d'activistes-libraires-amateurs.

— A l'instar de Sci-hub, Library Genesis (ou Libgen) → http://gen.lib.rus.ec est une bibliothèque parallèle rassemblant, une grande partie de la littérature scientifique et s’alimentant dynamiquement grâce aux demandes faites par les utilisateurs à Sci-hub. Elle est aussi un lieu de dépôt en ligne avec plus d'un million de livres et le premier projet de l'histoire à offrir à tous sur Internet le téléchargement gratuit de l'ensemble de sa collection de livres (environ 15 téraoctets de données), ainsi que de l'ensemble des métadonnées (vidage MySQL) et code de script PHP / HTML / Java pour les pages Web. Ce qui est intéressant à noter c'est l'histoire de cette bibliothèque, issue des pratiques des universitaires et chercheurs russes qui dans les années 90, épuisés par des décennies de censure soviétique mais aussi habitués aux pratiques du marché noir des livres et à l’auto-publication clandestine (avec les samizdats), ont mis en ligne des articles et des textes, sur des réseaux privés.

Lib.ru, créé en 1994, et toujours visible en ligne, est l’un des sites alors les plus connus. Mais il est maintenu par une seule personne, un Russe appelé Maxim Moshkov et la centralisation rend les sites vulnérables : si la personne qui maintient le site arrête sa maintenance, ou que son serveur est attaqué, c’est tout qui disparaît.

Naissent alors les modèles décentralisés de ressources en ligne, tels que Gigapedia (plus tard Library.nu), dont les coûts de téléchargement et de maintenance sont assurés par de la vente d'espaces publicitaires tels que l'industries de la pornographie et des jeux de hasard. Une action en justice mettra fin au site.
La nouvelle de a sa résiliation résonne dans les médias et est considérés par certains scientifiques comme une véritable apocalypse.

Pour subsister, la bibliothèque Libgen n'a plus recours à la publicité, son réseau est extrêmement décentralisé: comme ses sources sont accessibles, des sites miroirs sont créées un peu partout, assurant sa pérennité.

Aujourd'hui, on la nomme l'Aleph...

Library Genesis download page for Lawrence Lessig, Code is Law

source: https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-rue89-culture/20160516.RUE2877/dans-les-bibliotheques-clandestines-du-net.html

lire plus: Libraries in the post - scarcity era de Balázs Bodó.

Open Editions →

Le français Marin Dacos, prend le relais en tentant de faire bouger les lignes de manière légale en France avec la création d' Open editions, un portail de publication en sciences humaines et sociales. C'est une initiative publique travaillant en faveur de l'accès ouvert aux résultats de la recherche scientifique.

Aaaaarg.org -> http://aaaaarg.fail Lancé par l'artiste Sean Dockray, Aaaaarg.org est un dépôt en ligne avec plus de 50 000 livres et textes. Une communauté de chercheurs enthousiastes issus de la théorie critique, de l’art contemporain, de la philosophie, de l’architecture et d’autres domaines des sciences humaines maintient, répertorie, annote et initie des discussions à ce sujet. C'est également une extension de la plateforme éducative auto-gérée The Public School.

UbuWeb → est la plus importante archive en ligne d’art d’avant-garde; elle a été initiée et est dirigée par l'artiste conceptuel Kenneth Goldsmith. UbuWeb, bien que toujours informel, est devenue une institution essentielle et reconnue de l’art contemporain. Les artistes veulent voir leur travail dans son catalogue et conviennent ainsi d'une relation avec UbuWeb qui n'a aucune obligation contractuelle formelle.

Monoskop → http://monoskop.org est un wiki pour les arts, la culture et les technologies des médias, avec un accent particulier sur les arts d'avant-garde et conceptuels de l'Europe centrale et orientale; Il a été initié par Dušan Barok artiste et chercheur. Dušan met sous forme de blog sur Monoskop.org/log un catalogue en ligne de titres sélectionnés (environ 3 000 titres actuellement) et, comme UbuWeb, il devient de plus en plus pertinent en tant que ressource en ligne. Comme mode de sécurité l'accès aux robots et à Google sont désactivés, il héberge des fichiers chez des tiers avec le problèmes des liens obsolètes au fur et à mesure que ces projets passent...

  • Memory of the world → http://library.memoryoftheworld.org Version numérisée de la bibliothèque Black Panther de l'activiste Herman Wallace constituée lorsqu'il était en prison. https://herman.memoryoftheworld.org et https://www.memoryoftheworld.org/blog/2014/10/28/hermans-library/

Projet militant initié entre autres par l'artiste activiste Marcel Mars, qui repense la bibliothèque publique à une ère où celle-ci se défait de ses fonctions et de ses composantes premières: l'accès libre aux livres par tous, un catalogue complet et accessible, une interface humaine: le bibliothécaire. On y retrouve un répertoire des initiatives similaires (Repertorium), des outils et manuels et un plugin pour le logiciel Calibre qui permet de partager à distance sa propre bibliothèque numérique. Il insiste sur le concept du "bibliothécaire amateur" qui sommeille en chacun de nous et son projet témoigne d'une série de collections de livres dont l'importance historique et politique en ont fait une priorité à partager. (ex: Herman Library)

OFF LINE

Bibliotecha → http://bibliotecha.info/

Bibliotecha est un réseau local hors ligne pour la distribution de textes numériques, qui permet aux communautés locales de créer et de partager leurs collections de textes électroniques. * Bibliotecha * s'appuie sur un petit ordinateur (RaspberryPi) exécutant un logiciel open source pour servir des livres électroniques sur un point d'accès WIFI local et ouvert. En utilisant le navigateur pour s'y connecter, on a la possibilité de télécharger ou d'ajouter des livres.

  • Website: http://bibliotecha.info/
  • Git repository: https://gitlab.com/bibliotecha/bibliotecha/
  • Installation manual: https://gitlab.com/bibliotecha/bibliotecha/wikis/Manual
  • Mailing list: http://lurk.org/groups/bibliotecha
  • PAD: https://pad.pzimediadesign.nl/p/Bibliotecha

Piratebox/Bibliobox → https://piratebox.cc/ Une PirateBox est un dispositif électronique souvent composé d'un routeur et d'un dispositif de stockage d'information, créant un réseau sans fil qui permet aux utilisateurs qui y sont connectés d'échanger des fichiers anonymement et de manière locale. Par définition, ce dispositif qui est souvent portable, est déconnecté d'Internet.

XPPL (XPERIMENTAL PRETENTIOUS PERFORMATIVE LEGALITY) → https://issue.xpub.nl/06/
XPPL est un projet initié par les étudiants de la Piet Zwart academie qui suivent le cursus "Experimental publishing" (Xpub)

Dans le cadre d'un projet de recherche avec le collectif Constant sur les questions extra-légales des bibliothèques, leurs logiciels et interfaces et leurs catalogues en réseaux. 4

voir aussi: http://pzwiki.wdka.nl/mediadesign/XPPL

Interface et indexation

Comenius 1668 Orbis Pictus index page.jpg
"Comenius 1668 Orbis Pictus index page". Via Monoskop.

La Classification décimale universelle (CDU) mise au point par Paul Otlet d'après les travaux de Charles Dewey, ou comment situer le livre à plusieurs endroits un livre qui ne se trouve qu'à un seul endroit sur une étagère.

Ariane Bosshard,Tunes. À travers une base de données, Ariane classe ses souvenirs de lecture, créé une mémoire sensible de sa bibliothèque, construit une bibliographie subjective.

  • Active archive: Comment interfacer l'archive

http://toneelstof.be

http://guttormsgaard.activearchives.org/

Les standards

Copy a book?

Library as curation

Des livres ou des collections?

L'expérience de scanner/copier/partager un livre PZW: https://issue.xpub.nl/05/ Public Library:memory of the world : La praxis Constant: le mec qui coupe les livres: L'hotel du sacrifice, la collection au service du partage Mondothèque + micheal et Nicolas: expérimentation Google error: la poésie, la fiction, la narration Erg bookscan party: la boite en carton tuto DIY


  1. https://www.memoryoftheworld.org/blog/2014/10/27/public-library-an-essay/ 

  2. 1: Lolcat slang for "Can I have?" First used in the expression "i can has cheezburger?" but obviously applicable to other situations "Oh noes, the government is wiretapping me again. I can has new prezdent?". 2: The equivalent of #include in Lolcode. "(I) CAN HAS STDIO?" (source: https://www.urbandictionary.com/define.php?term=i%20can%20has consulté le 12/11/18) « Les chercheurs sollicitent des articles que leur collègues, disposant d’accès, leur communiquent dans un deuxième temps. Toute personne qui a besoin d’un article de recherche, mais ne peut le payer, peut faire une demande et un autre membre qui peut l’obtenir l’enverra gratuitement par e-mail. Je pouvais obtenir n’importe quel article en le piratant, et j’ai donc répondu à de nombreuses demandes et les gens ont toujours été très reconnaissants. » Elbakyan in https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-hotel-wikipedia/20160215.RUE2252/sci-hub-la-premiere-bibliotheque-scientifique-mondiale-un-site-pirate.html 

  3. https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-hotel-wikipedia/20160215.RUE2252/sci-hub-la-premiere-bibliotheque-scientifique-mondiale-un-site-pirate.html et https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-sciences/20150908.RUE0500/un-hashtag-clandestin-pour-partager-la-science-inaccessible.html (consultés le 12/11/2018) 

  4. "Interfacing the law" http://pzwiki.wdka.nl/mediadesign/Interfacing_the_law